Origine de l’effet Mozart
En 1993, une courte étude publiée dans la revue Nature par Frances Rauscher et ses collègues rapportait que des étudiants ayant écouté une sonate de Mozart obtenaient de meilleurs résultats, de façon passagère, à des tests de raisonnement spatial. Cette observation a été largement reprise sous le nom d’« effet Mozart », souvent déformée en l’idée que la musique classique rendrait plus intelligent ou plus concentré.
Ce que montrent les études ultérieures
Dès 1999, plusieurs équipes ont publié dans Nature des tentatives de reproduction qui ne retrouvaient pas l’effet. Une méta-analyse de l’université de Vienne (Pietschnig, Voracek et Formann), publiée en 2010 dans la revue Intelligence, a rassemblé environ 40 études et plus de 3 000 participants. Le résultat est net : les données cumulées ne montrent aucun gain d’aptitude spatiale spécifiquement dû à l’écoute de Mozart. Les auteurs notent aussi que les études menées par l’équipe à l’origine de l’effet rapportaient des résultats nettement plus élevés que les autres.
Musique de fond et travail intellectuel
Une méta-analyse de Kämpfe, Sedlmeier et Renkewitz, publiée en 2011 dans la revue Psychology of Music, a étudié l’effet de la musique de fond chez l’adulte. Globalement, l’effet est nul, car des effets opposés s’annulent : la musique de fond perturbe la lecture et a de petits effets négatifs sur la mémoire, mais elle améliore l’humeur et les performances sportives. Ces résultats ne permettent pas d’attribuer à la musique classique un effet propre sur la concentration. Pour des tâches de lecture ou de mémorisation, le silence ou une musique instrumentale discrète semblent préférables à une musique avec paroles, mais les données restent limitées.
Musique et stress
L’effet de la musique sur le stress est mieux établi. Une méta-analyse publiée en 2020 dans la Health Psychology Review (de Witte et coll.) a regroupé 104 essais randomisés et 9 617 participants. Les interventions musicales réduisent le stress, aussi bien sur des mesures physiologiques (fréquence cardiaque, pression artérielle, hormones) que psychologiques (anxiété, nervosité), avec des effets de taille faible à moyenne. Ces travaux portent sur différents styles musicaux et pas seulement sur la musique classique.
En pratique
Écouter de la musique que l’on apprécie peut aider à se détendre et améliorer l’humeur, ce qui peut faciliter indirectement le travail. Rien ne justifie toutefois de présenter la musique classique comme un moyen d’améliorer les capacités intellectuelles ou la concentration d’un pourcentage donné.
À lire aussi
Sources
- Steele KM et coll. Prelude or requiem for the « Mozart effect » ?, Nature, 1999
- Pietschnig J, Voracek M, Formann AK. Mozart effect-Shmozart effect : a meta-analysis, Intelligence, 2010, 38(3), doi:10.1016/j.intell.2010.03.001
- Kämpfe J, Sedlmeier P, Renkewitz F. The impact of background music on adult listeners : a meta-analysis, Psychology of Music, 2011, doi:10.1177/0305735610376261
- de Witte M et coll. Effects of music interventions on stress-related outcomes, Health Psychol Rev, 2020
