Curcuma et curcumine
Le curcuma est utilisé comme épice et colorant alimentaire, notamment dans les mélanges de type curry. Sa teneur en curcumine est faible, et la curcumine elle-même est mal absorbée par l’intestin. C’est pourquoi les études cliniques utilisent des extraits concentrés en curcuminoïdes, et non le curcuma en poudre consommé en cuisine. Pour augmenter l’absorption, certains compléments associent la curcumine à la pipérine du poivre noir ou à des formes galéniques particulières (phytosomes, micelles, nanoparticules).
Effets sur l’arthrose
Une méta-analyse publiée dans Seminars in Arthritis and Rheumatism en 2018 (Bannuru et collaborateurs) a rassemblé 11 essais randomisés et 1 009 patients atteints d’arthrose du genou. Les curcuminoïdes réduisaient la douleur et amélioraient la fonction plus que le placebo, sans différence significative avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), et avec moins d’effets indésirables digestifs. Les auteurs soulignent cependant que les preuves ne sont ni assez nombreuses ni d’assez bonne qualité pour fonder une recommandation clinique.
Une méta-analyse plus récente publiée dans Bioscience Reports en 2021 (15 essais, 1 621 participants) va dans le même sens. Elle rapporte une diminution des scores de douleur, de raideur et de limitation fonctionnelle par rapport au placebo, et des effets comparables à ceux des AINS. La plupart des essais sont de petite taille, de courte durée, souvent menés en Asie et parfois financés par des fabricants d’extraits, ce qui expose à des biais.
Aucune étude fiable ne montre que la curcumine protège le cartilage chez l’être humain ni qu’une cuillère à café de curcuma en cuisine réduit les douleurs articulaires d’un pourcentage donné. Les données concernant la polyarthrite rhumatoïde sont encore plus limitées.
Risques des compléments alimentaires au curcuma
En juin 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a publié un avis après plus de 100 signalements d’effets indésirables recueillis par son dispositif de nutrivigilance, dont 15 cas d’hépatite. Les formulations à biodisponibilité augmentée, notamment celles associant curcumine et pipérine, sont particulièrement en cause. L’Anses recommande de ne pas dépasser 153 mg de curcumine par jour par les compléments pour un adulte de 60 kg. Elle déconseille ces compléments aux personnes atteintes d’une maladie des voies biliaires, et à celles qui prennent des anticoagulants, des anticancéreux ou des immunosuppresseurs sans avis médical.
Le curcuma utilisé comme épice dans l’alimentation ne pose pas ces problèmes aux quantités habituelles.
Place dans le traitement de l’arthrose
La prise en charge de l’arthrose repose d’abord sur l’activité physique adaptée, la perte de poids en cas de surpoids et, si besoin, des antalgiques prescrits sur avis médical. Un complément à base de curcuma ne doit pas remplacer ces mesures, et sa prise mérite d’être signalée au médecin ou au pharmacien.
Sources
- Anses, 2022 : effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma
- Bannuru et al., Seminars in Arthritis and Rheumatism, 2018 : curcuminoïdes et boswellia dans l’arthrose du genou, méta-analyse
- Zeng et al., Bioscience Reports, 2021 : efficacité et tolérance de la curcumine dans l’arthrose du genou, méta-analyse

