La théorie de la restauration de l’attention
Formulée par les psychologues Rachel et Stephen Kaplan dans les années 1980, cette théorie distingue l’attention dirigée, volontaire et coûteuse, utilisée pour le travail ou la lecture d’écrans, et une attention involontaire, sollicitée sans effort par des éléments naturels comme le feuillage, l’eau ou les nuages. Les milieux naturels permettraient ainsi à l’attention dirigée de se reposer et de se reconstituer.
Ce que montrent les études expérimentales
Une revue systématique publiée en 2018 dans le Journal of Toxicology and Environmental Health (Stevenson et collaborateurs) a analysé 42 études comparant l’exposition à des environnements naturels et urbains. Les effets les plus nets portaient sur la mémoire de travail et la flexibilité cognitive, avec des améliorations faibles à modérées. Les gains sur le contrôle de l’attention étaient moins constants. Une exposition réelle semblait plus efficace qu’une exposition virtuelle (photos ou vidéos), mais cette différence pourrait tenir à la durée d’exposition. Les études étaient souvent petites et menées chez des étudiants.
Dans une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en 2015 (Bratman et collaborateurs), des adultes en bonne santé ont marché 90 minutes soit dans un espace naturel, soit en milieu urbain. Seule la marche en nature diminuait les ruminations, c’est-à-dire les pensées négatives répétitives, ainsi que l’activité d’une zone du cortex préfrontal associée à ce phénomène.
Temps passé dans la nature et bien-être
Une enquête menée en Angleterre auprès de 19 806 personnes (White et collaborateurs, Scientific Reports, 2019) montre que les personnes ayant passé au moins 120 minutes dans la nature au cours de la semaine précédente déclaraient plus souvent être en bonne santé et se sentir bien que celles qui n’y étaient pas allées. Le bénéfice plafonnait autour de 200 à 300 minutes par semaine. Cette étude repose sur des déclarations des participants à un moment donné : elle ne permet pas de savoir si la nature améliore la santé ou si les personnes en bonne santé sortent davantage. Les auteurs jugent nécessaires des études longitudinales et des essais d’intervention.
Limites des connaissances
Aucune étude citée ne mesure une réduction de la fatigue mentale d’un pourcentage précis. Les effets observés sont réels mais modestes, souvent de courte durée, et varient selon les personnes, le type d’environnement et la durée d’exposition. Le contact avec la nature s’accompagne aussi d’autres facteurs favorables, comme la marche, la lumière du jour et l’éloignement des écrans, difficiles à séparer.
Passer du temps dans un parc, une forêt ou au bord de l’eau reste une pratique sans risque et accessible pour récupérer après un effort intellectuel. En cas de fatigue persistante, d’épuisement professionnel ou de troubles de l’humeur, elle ne remplace pas une consultation médicale.
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Sources
- Stevenson et al., Journal of Toxicology and Environmental Health Part B, 2018 : théorie de la restauration de l’attention, revue systématique
- Bratman et al., PNAS, 2015 : l’expérience de la nature réduit les ruminations
- White et al., Scientific Reports, 2019 : au moins 120 minutes par semaine dans la nature et bien-être
