La gratitude est le fait de reconnaître et d’apprécier ce que l’on a reçu, de la part d’autrui ou des circonstances. En psychologie positive, des « interventions de gratitude » ont été proposées pour améliorer le bien-être : tenir un journal où l’on note chaque jour quelques choses positives, écrire une lettre de remerciement à une personne, ou réfléchir régulièrement à ce dont on est reconnaissant. Ces exercices ont fait l’objet de nombreux essais randomisés, surtout chez des étudiants et des adultes en bonne santé.
Effets sur le bien-être psychologique
Une méta-analyse publiée en 2016 dans le Journal of Counseling Psychology (Davis et coll.) a comparé les interventions de gratitude à différents groupes témoins. Par rapport à une simple mesure sans intervention, elles amélioraient le bien-être psychologique avec un effet modeste (taille d’effet d = 0,31). Par rapport à une autre activité neutre, l’effet était plus faible (d = 0,17). Comparées à d’autres exercices psychologiques actifs, elles ne faisaient ni mieux ni moins bien. Les auteurs soulignent que la qualité du groupe de comparaison influence fortement les résultats.
Une revue systématique avec méta-analyse plus large, publiée en 2023 dans la revue brésilienne Einstein (Diniz et coll.), a inclus 64 essais randomisés. Elle conclut que les interventions de gratitude augmentent le sentiment de gratitude, améliorent la santé mentale et l’humeur, et réduisent les symptômes d’anxiété et de dépression.
Effets sur l’anxiété et la dépression
Une méta-analyse publiée en 2021 dans le Journal of Happiness Studies (Cregg et Cheavens, université d’État de l’Ohio) s’est concentrée sur les symptômes de dépression et d’anxiété. Sur 27 études et 3 675 participants, les interventions de gratitude avaient un effet faible, juste après l’intervention (g = −0,29) comme lors du suivi (g = −0,23). Les effets étaient plus importants lorsque le groupe témoin était une liste d’attente que lorsqu’il recevait une autre activité. Les auteurs recommandent aux personnes souffrant de dépression ou d’anxiété de se tourner vers des traitements dont l’efficacité est mieux établie.
Ce que l’on peut retenir
Les résultats sont cohérents sur un point : pratiquer la gratitude améliore un peu le bien-être chez la plupart des personnes, pour un effort faible et sans effet indésirable connu. L’ampleur de cet effet reste modeste, et il est en partie lié à l’attente d’un bénéfice. Les données ne permettent pas d’affirmer que la gratitude augmente la production de dopamine ou de sérotonine, ni de chiffrer son effet sur la solitude.
Les exercices de gratitude peuvent compléter, mais non remplacer, une prise en charge par un médecin ou un psychologue en cas de dépression ou de trouble anxieux. Une tristesse persistante, une perte d’intérêt durable ou des idées suicidaires nécessitent un avis médical rapide. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, joignable gratuitement 24 heures sur 24.
Sources
- Davis D.E. et coll., Thankful for the little things : A meta-analysis of gratitude interventions, J Couns Psychol, 2016
- Cregg D.R. et Cheavens J.S., Gratitude Interventions : Effective Self-help ? A Meta-analysis of the Impact on Symptoms of Depression and Anxiety, J Happiness Stud, 2021
- Diniz G. et coll., The effects of gratitude interventions : a systematic review and meta-analysis, Einstein (São Paulo), 2023

